— Il nous faudrait une pioche !
Comme il aurait su s'en servir !
En guise d'outil, nous ne découvrîmes qu'une penture de porte.
— Où jugez-vous bon d'attaquer ? questionnai-je.
— Au plafond, me répondit-il ; il faudrait que nous découpions une poutre afin de faire effondrer une partie de l'étage dans la cave.
Nous superposâmes deux caisses et je les maintins en équilibre tandis qu'il s'y juchait. Le travail commença ; il se servait de la penture comme d'un pic et attaquait violemment la poutre.
— Elle est foutrement solide, cette saloperie, grondait-il à mi-voix.
A cause de son équilibre difficile, il ne pouvait prendre d'élan pour frapper. Il décuplait donc sa force afin de gagner en violence. Il injuriait la poutre pour se donner du cœur à l'ouvrage.
Son mouvement faisait trembler les caisses. Je m'arc-boutais contre elles. J'avais le nez dans les jambes du maçon. Il sentait abominablement des pieds. Le choc faisait crouler des plâtras. Ma langue fut bientôt feutrée par une poussière âcre et lourde. Je baissai la tête. Cette bruine de gravats tomba sur mon cou. J'avais l'impression que c'était l'obscurité que le maçon attaquait ainsi et que celle-ci s'effritait sur moi. Mes doigts s'engourdissaient sur les caisses, je perdais la notion de mes bras. Je devenais rapidement une masse inconsciente de son rôle, mais, à l'intérieur de cette masse, mon corps éternel vivait. Je redoutais d'éprouver une démangeaison. Aussitôt, j'en ressentis une entre les jambes. Je fus affolé par l'idée que j'allais devoir me gratter. J'aurais pu supporter une baïonnette dans le gras de la jambe, mais pas cette démangeaison ; c'était comme un ver qui se préparait à me pénétrer.
Je lâchai le frêle édifice ; le maçon perdit l'équilibre mais se reçut avec agilité.