J'avais les doigts tellement crispés sur l'instrument que je ne pus le lâcher tout de suite.

Une abominable tristesse m'envahit alors. Je venais de détruire le dernier bruit qui demeurait dans la cave : le bruit du maçon. J'essayai de parler, de frapper sur les caisses, mais mon bruit n'était plus du bruit. Il retombait sur moi.

Je me saisis du litre de vin. Au moment de le porter à mes lèvres, j'eus un sursaut : Non ! Non ! Je ne devais pas boire, je ne pouvais pas avoir tué pour m'emparer d'une chose aussi bassement matérielle. Je lançai de toutes mes forces la bouteille contre le mur. Ce fut le tout dernier bruit que j'entendis, car elle appartenait au maçon ! Jamais je n'eus à ce point le sens de la propriété.

Je n'avais plus envie de revoir les yeux roses. Je me traînai à l'autre extrémité de la cave, je fis une longue aspiration sur la part d'oxygène que je venais de récupérer. Et je m'évanouis lentement, transformé par un amer désenchantement.

* * *

Les types de la Défense passive me découvrirent quelques heures plus tard. C'est en apercevant le vélo du maçon devant la masure éboulée qu'ils avaient eu l'idée de creuser.

Marie-Thérèse me dit qu'elle avait eu bien peur. Je suis sûr qu'elle avait pensé à son veuvage probable et qu'elle l'avait déjà compris, bien mieux que je n'avais compris ma mort !

* * *

De mon bureau, je regarde tomber le soir.

A quelle heure m'éveillerai-je demain ?