Druet dit au médecin distrait qui signa le permis d'inhumer :

— Ça doit être cette saleté de soupe à la tomate, avec ces conserves de guerre…

Les voisins d'en dessous dirent à la concierge :

— Le pauvre vieux, ça nous fait tout drôle de ne plus entendre le dagada pon de sa jambe.

La concierge, qui allait sur ses soixante-dix ans, dit à Druet :

— Il avait septante-cinq ans ! Ça n'est pas un âge pour mourir.

* * *

Druet fut convoqué chez un notaire, lequel lui apprit que Joseph, Marius Borchin, né etc., fils de, etc., léguait par testament inattaquable la totalité de ses biens à l'État afin d'éviter que les droits de succession fussent perdus pour quelqu'un.

Le pauvre Adrien regagna son logis avec aux lèvres un goût de tabac humide. Il trouva au pied de son lit la jambe de bois de son oncle que l'on n'avait pas enterrée. Celle-ci était affreuse comme une jambe de bois toute seule. Druet la roula dans un journal d'avant-guerre et la porta chez un orthopédiste.

— C'est un trop vieux modèle, affirma le commerçant, je ne peux pas vous l'acheter.