* * *
Philibert prit place à mes côtés comme prévu. Il sortit un journal de sa poche. Je regardais sa main gauche, couverte de poils blonds, à l'annulaire de laquelle brillait une chevalière massive. Une main qui, tout à l'heure, caresserait le corps d'Anna.
Je pensais au corps d'Anna, mais j'y pensais comme à un corps. Comme à un corps à moi, comme au corps de Philibert.
La main du contrôleur tremblait. Était-ce à cause des soubresauts du véhicule ?
Était-ce de peur ?
Ç'aurait pu être de peur ! Je n'avais jamais fait part à quiconque de ce qu'on appelle mon infortune conjugale, mais Philibert savait que je savais.
L'expression me fit sourire et je répétai : « Il sait que je sais ! »
Et le moteur du car, dans la côte de poussière blanche, reprit comme un hymne :
« Il sait que tu sais. Il sait que tu sais ! »
Et dans le rétroviseur les voyageurs disaient d'un air goguenard :