Pourquoi ne tuerais-je pas Philibert ?
Mais sa mort me paraissait vide. Il mourrait pour lui. A quoi cela servirait-il ?
Néanmoins, avant de partir au travail, je pris mon revolver et le glissai dans ma poche. On ne sait jamais…
* * *
Mon volant me réconfortait. Le va-et-vient des voyageurs, les haltes bruyantes, la route de poussière, la danse du soleil, l'éternité des gestes à accomplir, des pensées à penser, de la vie quotidienne facile et hautaine, me captivèrent. Jusqu'à La Tour-du-Pin, tout alla bien.
Le véhicule s'engouffra dans une vallée ombreuse, sinuant entre les maisons tranquilles.
Je m'arrêtai sur la place baignée de soleil. Philibert était là !
Quelques voyageurs descendirent, d'autres montèrent. Alors Philibert s'avança et il me dit :
— Bonjour, Leroy ! Quelle chaleur, hein !
Toujours la même chose, les mêmes mots. Je le regardai, il était toujours pareil. Et je sentis que moi aussi j'allais redevenir pareil et ne jamais plus changer, parce que rien ne vaut la peine qu'on change.