Philibert fit son travail. Il vint s'asseoir. Il tira son journal. Je regardai sa main. Ses poils blonds. Et je faillis comprendre. Mais je n'eus pas le temps de comprendre que je comprenais. Déjà, la colère me revenait comme une aigreur d'estomac.
Pourquoi ?
Je revis la tombe d'Anna. Plus d'Anna. Mais la main de Philibert n'avait pas encore oublié la peau et les formes d'Anna.
Alors j'éprouvai un grand froid sur ma cuisse, c'était le revolver qui n'avait pu se réchauffer dans ma poche. Il était glacé comme une vipère, comme un désir impossible à assouvir, comme la vengeance.
Essayez de bien comprendre.
Chaque fois que je passais les vitesses, je le caressais furtivement. Toute cette mort assoupie dans ma poche m'enchantait. Mais je n'avais toujours pas envie de tuer Philibert.
Nous arrivâmes à Bourgoin. Des voyageurs descendirent, d'autres montèrent. Philibert ne broncha pas. Je le regardai avec des yeux épouvantés. Comment osait-il ne pas descendre ? Il se foutait d'Anna. Ça, je ne pus l'admettre. A partir de là, je vis que tout déraillait et que je ne comprendrais jamais plus l'affaire.
J'embrayai. Nous repartîmes. La chaleur nous attendait au sortir de la ville, après le rideau de platanes. Depuis le début de l'été, mes pensées avaient une odeur de caoutchouc brûlé.
Lorsque nous fûmes en pleine campagne, j'arrêtai le car.
— Quelque chose qui ne va pas ? demanda Philibert.