* * *

M. Fels se promène dans les jardins de l'internat. Il a l'habitude. A chaque nouvel élève, il est chargé de l'adaptation. Il dit à Alban, montrant un carré de salades :

— Tu vois, ça c'est des salades.

Alban approuve et pense de toutes ses forces aux salades, il les apprend comme la formule d'un document secret.

Les voici devant un cerisier aux branches basses. M. Fels se hausse sur la pointe des pieds. Il attrape une cerise d'un air malin et la tend à l'enfant.

— Tiens, mange, attention au noyau.

La cerise a un goût de chagrin pas très mûr. Alban, docile, crache le noyau.

Ils parviennent devant le lilas. Alors le petit songe à la branche qui dansait devant la fenêtre. Il ne peut plus la découvrir dans cette immense gerbe palpitante. Cette branche ressemblait à sa mère ; comme sa mère, elle a disparu.

— Il ne faut pas pleurer, chuchote le surveillant. Tiens, voilà justement M. le directeur, sèche vite tes larmes.

En effet, le directeur se dirige vers eux. Il sourit et tapote les joues d'Alban avec ses deux doigts jaunis par la nicotine.