Il posa sur le front du petit un baiser de distribution de prix. Après quoi, il appuya sur un bouton astucieusement dissimulé dans une moulure de la boiserie.

Le portier apparut.

— Allez me chercher M. Fels, ordonna le directeur ; puis, se tournant vers Madeleine Mauduis : C'est notre surveillant, il aime les enfants ; je vais lui confier Alban pour aujourd'hui.

M. Fels ne tarda pas à arriver. Son visage rond paraissait emmanché sur un col dur. Il avait les joues couperosées, les yeux niais, et une moustache de chat.

— Voici le petit Alban, dit le directeur après les salutations d'usage, je vous le confie pour aujourd'hui. Il va embrasser sa maman, ensuite vous l'emmènerez dans le jardin. A la récréation, il faudra le présenter à son maître, M. Guichard, et à ses petits camarades.

M. Fels salua avec déférence et assista aux effusions d'un air faussement attendri.

— Viens, bébé — il prononçait « baibai » —, dit-il en prenant la main d'Alban.

Madeleine Mauduis quitta précipitamment le pensionnat. Elle se retrouva dans une rue calme, assoupie, où un arroseur dessinait de grands zigzags d'eau avec son jet.

Elle allait, comme on revient d'un enterrement, la tête vide et le cœur soulagé. Elle pensait à la branche de lilas, au Christ d'ivoire, aux larmes de son fils écrasées en étoile.

« Je vous salue, Marie, pleine de grâce … »