— Tiens, dit-il, vous avez puni le petit Mauduis ?

— Il a de mauvais instincts, affirme sincèrement M. Fels ; que voulez-vous : l'hérédité !

Le directeur hoche la tête et, pendant quelques instants, regarde tourner cette âme neuve où, en secret, germe un meurtre.

VI

DEUX SOUS DE VIE

La mort m'avait dit : « Tuer par devoir ! Quelle humanité. »

A mes Brugère.

Le soldat Fritz Kurth, vingt-huit ans, croix de fer sur le front russe — Heil Hitler ! — , était originaire du Hanovre. Sa maison natale commençait un petit village couleur de camouflage et mirait sa cheminée compliquée dans les eaux indolentes de l'Aller.

Le père du soldat Fritz Kurth s'était noyé en 1930 dans ces tendres eaux, à l'âge de soixante-deux ans, ce qui lui fit rater une très importante partie de l'histoire d'Allemagne. Le soldat Fritz Kurth pensa souvent que son père aurait pu trouver une mort glorieuse, à l'instar de tant de vieillards allemands qui se prolongèrent jusqu'en 1945 dans cette seule intention — Heil Hitler ! Mais le führer propose et, hélas, Dieu dispose !

La mère du soldat Fritz Kurth avait fait de son garçon un homme vigoureux et un parfait nazi. On trouve de partout des veuves courageuses.