Mais les Alliés ne savaient pas…
* * *
La chose se passa en Alsace. Le soldat Fritz Kurth faisait partie d'une patrouille chargée de reconnaître la position des lignes américaines. Dans le même secteur furetait une patrouille américaine chargée de reconnaître la position des lignes allemandes. Elle était commandée par le sergent Smith, de Detroit. Il faisait un clair de lune de tableau. Et voici que le hasard mit en présence les deux patrouilles. Les Américains eurent l'avantage, l'élément de surprise joua en leur faveur, car, étant presque tous nègres, ils furent moins vite repérés.
— Hands up ! crièrent-ils.
Les soldats allemands dans leur jeunesse avaient lu des fascicules de Nick Carter, ils comprirent et levèrent les bras.
— O.K., nasilla le sergent Smith, voilà une bonne prise. Retournons au cantonnement.
Les deux patrouilles unirent leur marche, l'une encadrant l'autre.
Le soldat Fritz Kurth était bien ennuyé, non pas d'être fait prisonnier, mais à cause de son invention qui gonflait sa poche. Tout en marchant, il réfléchissait : « On va nous fouiller, bien. On trouvera mon appareil, bon. On ne saura pas de quoi il s'agit, et on le flanquera aux ordures. »
Ah non ! non ! Cette découverte en puissance ne lui appartenait plus, il en était responsable vis-à-vis de son pays — Heil Hitler ! Il lui fallait à tout prix s'évader et ramener comme un flambeau les rouages de son génie.
A un détour du chemin, il prit sa course, mais le sergent Smith avait l'œil. Ajustant le fuyard, il lui dépêcha une balle démocratique au nom de la Liberté.