Les F.F.I. taquinèrent leurs armes. On arrivait et ils se méfiaient de l'immobilité : la vitesse soutient les équilibres.
— Les bras en l'air ! ordonna un sergent.
— Oui, oui, approuva la foule. Les bras en l'air, les bras en l'air, plus haut, plus haut !
Mangod leva les bras, désespérément. Il les leva au point de s'étirer les muscles. Il avait l'impression, en accomplissant ce geste, de conjurer une force en suspens.
La troupe parvint au centre d'épuration devant lequel stationnaient des automobiles estampillées aux couleurs françaises. A cet endroit la foule stagnait ; le boulevard l'avait conduite là ; c'était la mare où se déversait le noir ruisseau des badauds.
Les prisonniers relevèrent la tête et prirent le vent comme un gibier traqué. Ils examinèrent avec effarement la façade verte de ce magasin désaffecté qui coagulait la populace. Des drapeaux alliés claquaient allègrement. Il aurait fait bon vivre derrière la foule.
Mais il y avait trop de monde en vérité, on ne pouvait les fusiller là ; un frisson courut dans la colonne, un frisson d'espoir.
— Halte ! ordonna une voix.
Dès qu'ils furent immobiles, les prisonniers prirent peur. La multitude croulait sur eux. C'était une immense pesée contre laquelle ils ne pouvaient rien. Ils se sentaient accablés par leur inertie. Les soldats s'interposèrent. Mangod regarda l'un d'eux avec gratitude, il éprouva le besoin de lui parler ; jamais aucun homme ne lui avait été aussi cher.
— Moi, j'ai rien fait, commença-t-il.