— Tu connais ?
Mangod s'empara de l'image. C'était le portrait de la jeune Juive qu'il avait tuée.
— Non, dit-il avec un calme qui le surprit, qui est-ce ?
— Comme tu voudras, fit le chef, mais à ta place j'avouerais. De toute façon, ta culpabilité sera prouvée, car le type de tout à l'heure t'a formellement reconnu. C'était le garçon de bureau du magasin où vous êtes allés perquisitionner et il t'a vu tuer la petite. Il devait avoir le béguin, car, depuis ce matin, il court les postes d'épuration avec l'espoir de te retrouver.
Mangod réfléchit. Chose curieuse, il éprouvait un soulagement à se voir accuser d'une façon précise. Le chef lui parlait sur un ton cordial.
— Écoutez, Monsieur, je voudrais que vous compreniez : dans la vie, il y a des moments… C'est bête, comment vous expliquer ? D'accord, j'ai tué la petite, mais ce n'était pas un geste de moi, il y avait l'ambiance…
Il s'interrompit. Le chef était devenu tout pâle.
— Qu'est-ce ?… Qu'est-ce qu'il y a ?…
— Tais-toi ! gronda le Corse en s'approchant de lui.
Il lui administra un coup de crosse dans le ventre ; Mangod en eut le souffle coupé.