— Tais-toi, vomissure, fils de louve ! Comment oses-tu parler encore ? Comment oses-tu espérer te faire comprendre ?

— Sans la guerre, larmoya Mangod, j'aurais toujours été un brave homme. Je suis un accident.

— A cause de la guerre, affirma le Corse, d'autres, tant d'autres sont devenus des martyrs et des héros !

— Ce sont des accidents aussi, dit Mangod.

Il pleurait. Il pensait à sa femme, il se disait qu'on le fusillerait sûrement, mais cela ne le terrorisait pas, à cause de sa femme. Il pleurait sur sa vie accidentée.

— Tu me dégoûtes, grommela le chef en haussant les épaules.

Il se dirigea vers la porte. Le boulevard s'était vidé. Cette journée d'août s'achevait et un crépuscule tiède descendait des arbres comme un oiseau enhardi par le silence.

— Merde, dit le Corse, tous mes hommes sont partis.

Il regarda à droite et à gauche ; il aperçut, assis sur un banc, un homme muni d'un brassard tricolore et le héla.

— Vous faites partie d'un groupe ? questionna-t-il.