Mangod haussa les épaules.

— On dit ça, parce que, par accident, j'ai tué une femme juive !

— Ah ! t'as tué une femme ? Eh ben, mon vieux…

Mangod murmura :

— Je peux baisser les bras ?

L'autre hésita afin de savourer le plaisir de décider. Il prit le pistolet et fit oui de la tête. Puis, à nouveau il regarda le prisonnier.

— T'es un dégueulasse, conclut-il. Moi, tu vas voir, j'aime pas les Juifs, mais question de leur faire du mal, ça non ! On va te bousiller et ce sera pain bénit.

Mangod baissa la tête, mais, en coin, il examina l'homme.

Celui-ci possédait une tête tranquille. Il avait un regard de chien de chasse et de grandes oreilles préhensiles.

— Les miliciens étaient des ordures, enchaîna-t-il, des vendus et des brigands. Moi, j'ai jamais fait de la résistance, je suis marié, avec des gosses, et j'ai mon petit magasin de primeurs ; on ne peut pas s'occuper de tout… Mais cette Milice me puait au nez.