Dehors la nuit tombait ; par la vitre du magasin on voyait la lune qui se colorait.
Mangod réfléchit un long moment.
— Écoutez, dit-il, ma peau est fichue. Je vais payer ; s'il ne s'agissait pas de moi, je dirais que c'est juste ; pourtant, comme j'ai vécu mon passé, il me paraît excusable, vous saisissez ? Vous avez l'air d'un brave homme et je voudrais, avant de… de mourir, être compris.
— C'est pas comprenable ! dit l'homme.
— Mais si, dit Mangod, puisque je l'ai compris !
— Moi, je ne pourrai pas le comprendre, affirma l'homme. Tuer ? Je comprendrai jamais.
— Écoutez tout de même les choses, insista Mangod.
Et, sans attendre un acquiescement, il commença :
— Voilà, un jour on nous dit d'aller perquisitionner un comptoir de textiles juif. Le patron, paraît-il, planquait ses employés bons pour le S.T.O. On arrive, le patron n'y était pas, il y avait seulement sa nièce, une jolie fille, juive aussi. Alors on se met à tout fouiller et on vide le tiroir-caisse, et puis, comme nous avions une bagnole, on la remplit de coupons de laine. Ces Juifs, faut reconnaître, ils manquaient de rien, pendant que les pauvres types allaient cul-nu. La fille, écoutez, on l'aurait violée qu'elle aurait peut-être rien dit, mais de voir partir la marchandise et le pognon, ça la met dans une fureur noire. La voilà qui nous injurie et nous traite de tous les noms. Je lui dis ; « Ta gueule ! », mais elle crie de plus en plus, je lui fous un gnon ; elle hurle, alors je regarde sa bouche et j'ai tiré. C'est tout. Vous comprenez ?
L'homme ouvrait de grands yeux. Il respira profondément et demanda :