Maurice haussa les épaules.

— Monsieur le juge, je vais vous parler très librement : je vois à votre alliance que vous êtes marié…

Le juge se mit à rougir et toussota.

— Bon. Imaginez alors, poursuivit Maurice, que votre femme disparaisse (le juge baissa la tête). Elle disparaît et, le lendemain, on vous met en présence d'un cadavre. Ce cadavre ressemble à votre femme ; comme vous ne l'avez jamais vue morte, vous vous dites : c'est elle ! Et puis votre intelligence prend le pas sur l'émotion, vous examinez, vous réfléchissez et, convaincu de votre erreur, vous dites : je me suis trompé, ce n'est pas elle. N'est-ce pas ?…

Le juge Pompard ne répondit pas ; les coudes sur son bureau, il soutenait de ses deux mains sa tête-tirelire. L'exemple choisi par le jeune homme le troublait. Du coin de l'œil, il surveillait son greffier : un jeune type triste à figure de masturbé encéphalique.

— N'inscrivez pas ça ! ordonna-t-il d'un léger mouvement.

Ses petits yeux humides s'étaient soudain emplis de tristesse.

— Il y a une question à éclaircir, dit-il avec lassitude ; c'est celle de votre alibi.

— Parlons-en ! s'écria Maurice avec fougue. Je suis allé à Versailles avant-hier matin, d'accord. Mais je n'y suis pas allé avec mon oncle…

— On vous a vu en compagnie d'un monsieur âgé…