— Je me débrouille pour travailler en série, conclut Troumane. La détention n'est pas plus longue et c'est d'un plus gros rapport. De cette façon, je suis tranquille pour un bout de temps.
— Remarque, ajouta-t-il, que ça a ses inconvénients. D'abord, les journaux m'appellent le sadique, le satyre, le fou érotique, le maniaque, le triste individu, l'horrible personnage ou le monstre, et on a beau savoir que ce n'est pas vrai, ça vous fait tout de même quelque chose. Et puis, il y a toujours une bande de resquilleuses : des bonniches, des étudiantes, des dactylos, pour venir jurer que je les ai violées dans un terrain vague ou sur les berges de la Seine… C'est fou ce qu'il y a comme gosses à mon crédit dans Paname… Enfin, il faut bien vivre ; et à notre foutue époque, si on ne se débrouillait pas un peu…
— C'est bien vrai, reconnut Jango.
Pris d'une subite idée, il demanda :
— Si tu es marié, ta femme doit être gênée par les à-côtés de ton métier ?
— Je ne suis pas marié ! se récria Troumane. Confidentiellement : les femmes ne m'ont jamais intéressé…
Un long silence suivit les révélations de Troumane. Jango fit remarquer que les filtres avaient filtré. Ils vidèrent leur tasse.
— Je m'excuse, murmura Jango, mais j'ai un rendez-vous.
— Eh bien, allons-y, décida Troumane. J'ai tout mon temps, je t'accompagne…
Ils descendirent l'avenue.