— Le type de la morgue n'est pas son oncle, lâcha Jango.

Le juge n'osa pas comprendre. Il tint son regard baissé sur ses genoux.

— Pour tout vous dire, son oncle est avec votre femme.

Pompard respira profondément et but une gorgée d'eau gazeuse. Un peu de sueur perlait sur les côtés de sa tirelire.

— Ce Maurice, enchaîna Jango, a été mon dernier client… avant vous. Remarquez que je n'ai pas pour habitude de parler de mes affaires, mais c'est différent, n'est-ce pas ? Il va faire des confidences… La police vérifiera. Déjà, l'histoire de votre femme va, vous me l'avez dit, attirer l'attention sur moi.

— Aïe, aïe, aïe, aïe, aïe, fit le juge.

— N'est-ce pas ?

— Ces messieurs m'ont appelé ? demanda le garçon.

Non ! Ces messieurs n'avaient appelé personne. Ces messieurs éprouvaient l'impression de connaître trop de monde. Ces messieurs rêvaient du Sahara, d'un palmier, d'un mètre carré d'ombre, parce que ç'aurait été rudement bon pour ces messieurs d'être assis dans le mètre carré d'ombre, adossés au palmier, à des milliers de kilomètres de soif et de sable des flics.

— Nous sommes dans un beau pétrin, constata le juge. Si, au moins, j'avais connu ce détail ce matin… Mais maintenant que j'ai signé un mandat d'amener, tout l'appareil judiciaire est en mouvement. Et puis !… Que voulez-vous… Ils sont plus de vingt personnes qui jurent sur l'honneur que le décédé de la morgue est le colonel Borrel…