— Vous croyez ?
— Pas de doute !
Jango trempa un pinceau dans du vermillon et se mit au travail. L'inspecteur l'encourageait par ses exclamations et le guidait de ses conseils.
Au bout d'une heure, la rectification était achevée. Les deux hommes poussèrent un soupir de délivrance et se mirent côte à côte pour contempler le colonel.
— Magnifique ! s'enthousiasma Pinaud. Il n'y a rien à redire. Mais ! Que vois-je ? Vous avez retravaillé le visage… Excellente idée, l'expression bougonne du sujet pouvait créer une impression pénible sur le public…
Jango regarda la figure du colonel et émit un hoquet d'épouvante. Maintenant, le vieillard riait. Il riait avec ses yeux, avec sa bouche, avec ses rides. Une expression douce et miséricordieuse flottait sur ses traits.
Jango voulut crier, une force obscure l'en empêcha. Il voulut affirmer au policier qu'il n'avait pas retouché la face du colonel, mais les mots lui restèrent dans les amygdales. Il constata le phénomène et se hâta de le classer dans la série des métamorphoses de la semaine. Pétrifié dans sa gloire, ivre d'honneur, le regard bredouillant d'orgueil, le vieux colonel contemplait maintenant Jango avec une infinie gratitude. Un flot de reconnaissance fit couler des larmes sur les joues du peintre. Son tableau et lui se sourirent tendrement et communièrent dans une même félicité.
— Jamais vu une œuvre d'une telle classe, assura Pinaud en essuyant sa paupière.
Jango appela bonne-maman et Zizi.
La vieille femme et le gamin entrèrent et s'arrêtèrent devant le tableau comme au bord d'un gouffre.