A ce moment, il se produisit un choc mou.

Les deux hommes se précipitèrent pour relever Sainte-Thérèse qui venait de glisser de son siège.

* * *

Maurice respira voluptueusement l'air capiteux de la liberté. Il huma le vent de Paris, puissant et doré comme un athlète, et, à pas lents, se dirigea vers Montparnasse.

Les paroles d'adieu du juge tournaient dans son crâne.

— Monsieur, lui avait dit le magistrat après qu'il eut ordonné à son greffier de sortir, nous avons la preuve qu'en effet le décédé de la morgue n'est pas votre oncle. En conséquence, nous vous relâchons. Il n'empêche, et je vous le dis en tête à tête, que je suis persuadé de la mort de M. le colonel Borrel. J'ai aussi la conviction que vous avez joué un très vilain rôle dans cette disparition. Je vais donc vous faire une confidence et vous donner un paternel conseil…

« Nous avons, pour les besoins de l'enquête, fait ouvrir le testament de votre parent ; je puis vous apprendre qu'il vous a déshérité au profit d'une de ses maîtresses, une certaine Albertine Catin, dite Barbara ; vous n'avez donc aucun bien matériel à attendre de ce côté-là.

« Partant de cette certitude, je m'autorise à vous dire, jeune homme : Halte-là ! Fuyez cette ville de perdition, que vous ayez ou non l'âme en paix. »

Le juge s'était interrompu… pour respirer, croyait Maurice ; en réalité, il cherchait des arguments destinés à convaincre le garçon de la nécessité de partir. Pompard estimait que la présence à Paris de ce débauché était dangereuse pour Jango et… de ce fait, pour lui.

— N'hésitez pas une seconde, avait-il insisté. Le salut, pour vous, est à ce prix. Vous venez de tâter de la prison, je suppose que cette expérience aura été salutaire. Pesez bien mes paroles et surtout faites-en votre profit. Monsieur, j'ai bien l'honneur de vous saluer, en espérant qu'il s'agit d'un adieu.