— Ça s'est fait bêtement, commença-t-elle. Tu sais, je le connaissais. Je l'avais rencontré une nuit à la Reine Blanche, sur le Boulevard ; on avait causé… Il m'avait raconté sa vie, comme le font tous les hommes saouls. Il habitait chez son oncle, because ses parents sont morts. Le vieux…

— Je t'en prie, protesta Jango.

— Le colonel, rectifia docilement Barbara, lui menait la vie dure et le traitait de paresseux…

— J'ai idée qu'il n'avait pas tort.

— C'est aussi mon avis. Ce Maurice est un vaurien, un de ces garçons qui sont persuadés que pour être quelqu'un il faut avoir couché avec un nègre et ne pas avoir de préjugés. Tu saisis ?

— Je saisis.

— Bon. Figure-toi que malgré sa saoulographie, Maurice a eu une idée, et une idée qui se défendait. Il m'a proposé de me présenter à son oncle afin que je le séduise. Il avait remarqué que le vieux lorgnait les petites femmes. Il paraît que lorsqu'il se baladait au Luxembourg, le colonel laissait tomber sa canne et faisait semblant de ne pas pouvoir la ramasser. Il attendait qu'une petite se baissât afin de regarder dans l'ouverture de son corsage.

— Alors, il t'a présentée ?

— Oui. Et ça a rudement bien marché… Ces anciens militaires sont naïfs comme des collégiens. Deux jours plus tard, il venait là.

— Non !