Maurice se tordit les mains.
— Mais c'est ridicule, dit-il, je n'ai pas à vous prouver que ce cadavre n'est pas celui de mon oncle…
— Si, puisque deux personnes prétendent que c'est le sien.
Ils marchèrent en silence ; chacun faisait pensée à part… Maurice se demandait pourquoi l'inspecteur l'accompagnait. Il se demandait également où il devait aller et ce qu'il devait dire pour paraître innocent. Car il se trouvait dans l'état d'esprit d'un suspect. Il se demandait pourquoi il lui arrivait une pareille aventure. Il se demandait si le destin ne se fichait pas de sa figure et si le colonel ne mijotait pas dans quelque purgatoire une sale vengeance de juteux.
— Entre nous, dit le gros homme, qu'est-ce que vous faisiez hier entre dix heures et midi ?
— Sans blague, s'étrangla Maurice, vous ne voulez pas dire ?…
Le flic rentra un peu son reliquaire entre les épaules.
— Enfin, quoi ! Votre tonton en a pris un coup dans la gueule, oui ou non ? Il faut savoir qui c'est qui lui a refilé. Mon boulot, c'est de trouver le type qui était à l'autre bout de la barre de fer quand le choc s'est produit.
Maurice ne put proférer un mot ; il se dit que son chemisier était un imbécile de lui faire des cols aussi serrés.
— Remarquez, poursuivit le gros, remarquez que je ne dis pas que vous avez fait le coup… Mon boulot, c'est de savoir… P't'être que vous êtes un brave type qui aimait bien son tonton, p't'être aussi que non. On peut rien dire… Si je vous disais que moi, j'en ai vu des drôles, en douze ans…