— Fumier ! prononça la jeune femme avec conviction.
— Bon, alors j'étais chez toi hier entre dix heures et midi ?
Barbara passa en revue son programme de la veille. Il lui vint sur les lèvres un bon sourire.
— Mais bien sûr, mon chéri, que tu y étais hier, entre dix heures et midi. Seulement, tu y étais tout seul.
Tout émoustillée, elle s'expliqua :
— Hier matin, je suis allée chez une cartomancienne de la rue Saint-Martin, avec ma concierge. Quand tes poulets viendront vérifier ton alibi, ils commenceront par se tuyauter dans la loge, la chose est courue, et ils apprendront qu'aux heures qui les intéressent j'étais de l'autre côté de la Seine, en train de me faire prédire l'avenir.
Elle sourit tendrement aux prédictions que lui avait faites la vieille bonne femme.
— Un grand jeune homme blond, balbutiat-elle. Un, deux, trois, l'as de cœur : passion. Et le roi de trèfle avec du pognon…
— Quand tu auras fini de déconner, s'impatienta Maurice, nous essaierons de réfléchir à la situation… Sacredié, me voilà dans un foutu merdier !
— T'énerve pas, supplia Barbara, adoucie par les promesses enchanteresses de la cartomancienne. Et tiens, il me vient une idée : on va aller trouver Jango ; ne ricane pas, c'est un garçon plein de bon sens, je parie qu'il trouvera la solution pour tout aplanir. Sans compter que s'il possède encore les effets de ton oncle, on pourra peut-être prouver d'une façon ou d'une autre que le bon vieux de la morgue, c'est pas lui…