— Eh bien, tu en as mis du temps ! s'exclama bonne-maman. Ma blanquette ne sera jamais prête pour midi. Qu'est-ce que c'est que cette boîte de colporteur ? On dirait que tu viens proposer du coton à repriser.
Jango mit sa mère au courant des événements. La vieille femme fut heureuse de savoir que son fils allait devenir un grand peintre et elle le fut plus encore du pain blanc.
Zizi battit des mains.
— Quand c'est que tu vas commencer ta peinture, dis p'pa ?
— Tout de suite…
— Je vais t'aider ?
— C'est impossible, voyons…
Jango ressentait des démangeaisons dans les doigts. Il avait hâte d'écraser des couleurs, de les délayer, de les étendre sur une surface plane. Il allait créer un univers somptueux aux couleurs nobles.
— Tu vas peindre quoi ? demanda bonne-maman.
La question embarrassa Jango. Ce qui comptait pour lui, c'était de jouer avec la couleur, au gré de l'inspiration. Il sentait qu'en donnant des lois, des tendances, voire même un simple motif à son art, il le limitait et s'éloignait de lui.