— Assieds-toi, je vais tout t'expliquer…
Il ne cacha rien à sa mère. Il lui relata la conversation privée qu'il avait eue avec Barbara. Bonne-maman l'écouta sans l'interrompre.
Quand il se tut, elle tira sur les poils de sa verrue en plissant les yeux.
— Bien sûr, finit-elle par dire, je comprends l'idée de Barbara : c'était s'éviter bien des tourments, bien des dangers, peut-être même bien du malheur… Tu as un fils, ne l'oublie pas ; s'il t'arrivait quelque chose, que deviendrait Zizi ? Je suis vieille…
— Tais-toi, supplia Jango.
La vieille femme fut charmée de voir ses jérémiades prises au sérieux.
— Il faut bien dire les choses telles qu'elles sont, mon pauvre garçon. Sans toi pour l'élever, le petit irait à l'Assistance…
Elle brossa complaisamment un noir tableau de cette institution. Elle évoqua en détail un Zizi mal nourri, pâlichon, guetté par la tuberculose. Il prenait de coupables habitudes parce qu'il se trouvait en mauvaise compagnie. Il se touchait, jurait, pensait aux filles avant l'heure. A quinze ans, on le plaçait chez une mégère qui le rouait vif. Il se sauvait, rencontrait des voyous qui lui enseignaient l'art délicat de vider les poches d'autrui. A vingt ans, il commettait son premier assassinat. On l'arrêtait…
Parvenue à ce point culminant, elle hésita ; elle ne savait plus si on le guillotinait ou bien si on l'envoyait au bagne où un crocodile le savourait au cours d'une évasion manquée. De toute façon, la fin de Zizi était extrêmement pessimiste et tous deux éclatèrent en sanglots.
Ils appelèrent le gamin, l'embrassèrent à l'user, lui pardonnèrent la farce du train mécanique et la chasse à courre. Bonne-maman promit un flan à la vanille pour le repas du soir et Jango une sucette à l'anis pour un futur immédiat.