Zizi ignorait les raisons de cette brusque amnistie, mais il s'en montrait satisfait. Voulant mériter les largesses familiales, il donna une version personnelle du drame. Au fond, tout s'expliquait avec le maximum de simplicité :
Ayant retrouvé la piste de Petite-Tête-de-Condor grâce à l'odorat de Flick, il avait lancé sur ses traces la police montée de Texas City. Pour gagner du temps, il avait embarqué la troupe dans un train spécial… Ses hommes tenaient presque le cruel chef des Eggs-and-Bacon lorsque Flick avait, sans crier gare, abandonné sa piste pour celle du lapin blanc.
Bonne-maman déclara qu'avant de molester Zizi on aurait dû penser à ça. Jango reconnut le bien-fondé de cette remarque et fit amende honorable.
Zizi laissa éclater son antipathie pour Maurice dont il avait reçu deux soufflets. Bonne-maman cria au meurtre en apprenant ces voies de fait. Elle ordonna au petit d'aller jouer et, tandis qu'il s'éloignait, fixa sur Jango un regard éloquent. Elle dit que ceux qui battaient les enfants ne méritaient pas de vivre.
Jango comprit que sa mère lui adressait de la sorte un véhément reproche.
— Enfin, quoi, gémit-il, je ne suis pas un assassin. Je ne pouvais pas tuer ce garçon de sang-froid !
Bonne-maman ne répondit rien, mais on sentait qu'elle avait un gros poids de pensées en tête.
— Espérons que tout s'arrangera, soupira la vieille femme.
Elle quitta la pièce sur ces mots lourds d'inquiétude.
Jango pensa de justesse au rendez-vous que lui avait donné la boulangère. Il annonça qu'il allait respirer le soir le long de la Seine et descendit au fleuve en réfléchissant.