Claire qui assistait à ce conseil de famille prit la parole doucement.

— Peut-être François a-t-il une idée sur la question, murmura-t-elle.

La femme de Worms aimait profondément son beau-fils. Elle admirait sa grâce innocente, son air réfléchi et sa beauté. Car le physique du jeune garçon était remarquable par l’harmonie de ses traits. Ses cheveux abondants, d’une blondeur intense, son regard bleu où l’on se mirait, son nez fin évoquaient ces pastels qui, dans les salons oubliés, conservent le témoignage des jeunesses antiques. Son rire triste et fier mouillait les yeux de Claire.

Worms appela François et lui relata sa conversation avec la colonelle.

— Tu es en âge de choisir ta carrière, mon fils, conclut-il fort doctement, que décides-tu ?

Le fils de Ferdinand contempla tour à tour ces trois visages si différents. Celui de la colonelle contracté par une âpre volonté, celui de son père attentif et grave, celui de Claire enfin, paisible et doux, complice, oui, tout prêt à soutenir une rébellion. Dieu ! que son père avait eu bon goût d’épouser une femme pareille. Claire était si jeune. Elle ne vieillirait jamais et il sentait confusément qu’ils possédaient l’un et l’autre une identique forme d’esprit. Ils appartenaient à la tristesse comme à une race.

Le regard de François revint à Ferdinand.

— Es-tu riche ? questionna-t-il à brûle-pourpoint.

— Qu’appelles-tu riche ? demanda le médecin, sans se laisser démonter par cette étrange question. Pour être riche, il n’est pas besoin de posséder beaucoup d’argent, l’essentiel est d’en avoir assez et j’en ai assez, plus qu’assez.

— Eh bien alors, si tu le permets, je me consacrerai aux lettres.