— Vite, vite, cria-t-il en sortant son stylographe, courez sans perdre une seconde à la pharmacie et n’ayez crainte d’actionner la sonnette de nuit ! Vous demanderez ceci, ajouta-t-il en tendant le papier. Je vais lui injecter un demi-milligramme d’hyoscine.
Pendant l’absence de Claire, le médecin se mit en devoir d’inventorier la cuisine des Rogissard à la recherche de tisanes, il finit par dénicher, enfoui au fond d’un tiroir, un paquet de verveine poussiéreux. Aussitôt il prépara une infusion qu’il sucra largement et fit absorber au malade. Après quoi, il mit à bouillir un grand chaudron d’eau.
Claire revint peu après. Sa course au grand air l’avait comme dégrisée. Aucune rébellion ne fermentait plus en elle. Elle était enfin détendue et soumise.
— Docteur, pensez-vous qu’il ?…
Worms scrutait la face convulsée de l’employé de gare.
— Je suis arrivé à temps, fit-il en guise de réponse.
Une chaleur d’autoclave emplissait l’appartement.
— Maintenant, dit le médecin, nous allons lui faire des enveloppements humides.
Lentement, il posa sa veste, son gilet, sa cravate et roula ses manches de chemise au-dessus des coudes.
Ils se mirent à l’œuvre tous deux avec une sorte de rage contre le mal, avec un emportement frénétique qui rejoignait l’indifférence au-delà de leur volonté. Ils vivaient à une cadence déréglée ces instants terribles où la vie du père Rogissard semblait sourdre de son corps contracté. Leurs mouvements rapides et silencieux comme des mouvements d’ombres les entraînaient dans une ronde fantastique d’où s’évadaient leurs pensées. Car ils finissaient par ne plus penser. Leur esprit s’égarait dans la puissance de leur lutte.