Ils s’agitaient à travers une vapeur d’eau qui alourdissait leur respiration. De temps à autre, leurs regards se croisaient, et ils s’effrayaient peut-être l’un l’autre, car ils avaient des visages de rêve, escamotés, inconsistants, troubles, aqueux ; leurs figures semblaient se rencontrer sous l’eau. Leurs yeux dansaient dans leurs faces boursouflées, un rictus chavirait d’un coin à l’autre de leurs bouches.
Un fracas de lavoir leur emplissait le crâne. Claire trempait les linges dans le chaudron, les tordait. Ferdinand les secouait et les appliquait sur le corps du malade. L’eau dégouttait sur le parquet. Des ruisselets se composaient, qui se joignaient bientôt pour former de larges flaques d’eau dans lesquelles Worms et sa compagne piétinaient. Ils ne disaient rien. Claire était hébétée, le docteur surveillait Rogissard. Aucun bruit étranger ne parvenait dans la chambre, excepté, à intervalles réguliers, les sifflets des trains. Le bruit qu’ils créaient avec leur eau, leurs linges et leur piétinement devenait douloureux.
Enfin ils cessèrent leur va-et-vient. Rogissard paraissait calmé.
— Voilà, dit Worms, de la bonne besogne.
Et il contempla Claire. La chaleur avait empourpré les joues de la jeune fille, son regard brillait fiévreusement, des mèches de cheveux coulaient sur sa figure.
« Tiens, pensa le médecin, je ne l’aurais pas crue aussi blonde. »
Il lui découvrait une beauté étrange qui l’émouvait peut-être.
Soudain leurs yeux se lièrent ; ils éprouvaient une gêne imprécise. Ils demeurèrent quelques secondes interdits, vaguement anxieux, sans avoir la volonté de rompre ce charme opprimant.
— Merci, dit enfin Claire, le mot est sobre et tellement galvaudé qu’il ne signifie pas grand-chose, mais je voudrais qu’il traduise toute la reconnaissance que…
— Je sais, dit Worms, redevenant plus Worms que jamais devant ce parler familier pour lui.