— Que pensez-vous de Paris ? demanda le docteur.

— Je ne sais pas, répondit-elle, j’ai hâte d’y retourner, voilà tout.

Ils devisèrent de banalités. Worms raconta des anecdotes sur ses malades, il savait intéresser avec peu de faits.

À quatre heures, ils retournèrent au chevet d’Auguste Rogissard afin de lui administrer des lavements ; lorsqu’ils eurent terminé, ils s’aperçurent qu’un jour gris pénétrait dans la chambre. L’atmosphère de la pièce était irrespirable, une odeur de nécropole leur engourdissait le cerveau, ils se sentaient harcelés par un sommeil fiévreux contre lequel leurs nerfs tendus s’insurgeaient.

— Ouvrez la fenêtre, commanda Worms, après avoir bordé le malade.

Ils respirèrent l’air de l’aurore voluptueusement. Le jour glissait lentement des toits. Une brise légère agitait les suprêmes feuilles calcinées sur les arbres.

— Maintenant, dit le médecin, allons nous reposer quelque peu… Vous en avez grand besoin, observa-t-il, en constatant la pâleur de Claire.

Il lui tâta le pouls. Elle avait la peau tiède et calme ; son sang battait faiblement entre les muscles du poignet.

— Je reviendrai avant midi, promit-il.

Il rentra chez lui à pas lents. La torpeur qui l’accablait chez Rogissard stagnait en lui ; il était hanté par la chaleur de Claire enfouie dans la paume de sa main droite et dans laquelle se poursuivait la palpitation feutrée de son pouls.