Soleil refusa les propositions de ses amis relatives à une partie de passe anglaise car il se trouvait « désargenté » et reprit le chemin de son hôtel.
Les musiciens se gaussèrent et de sa symphonie et de son sens des affaires. L’un d’eux proposa de grouper l’argent distribué par Ange et de le boire à la réussite de son œuvre ; cette proposition réunit tous les suffrages.
* * *
Pendant les huit jours qui suivirent, les deux amants se nourrirent de pain frais et de poissons frits qu’ils absorbaient devant quelque café crème tiède. Ils riaient de leur indigence passagère.
— Et dire, rêvait Claire en époussetant les miettes égarées dans les plis de sa jupe, et dire que tes symphonies sont peut-être toutes vendues.
— Tant mieux, souriait Soleil, il en reste encore six cents, je peux réapprovisionner mes magasins, de plus, mon imprimeur m’a promis de conserver les flans pendant quelque temps.
Il prenait un crayon et s’absorbait dans des multiplications sur le marbre de la table ce qui faisait maugréer le patron.
Le grand jour tombait un vendredi. Ange se leva en même temps que sa maîtresse et partit relever ses filets.
Il était ému mais calme. Au contraire Claire vivait des instants de folle surexcitation, tant et si bien qu’elle accumula erreurs sur erreurs à la maison Blanchin. Le marchand de vins, contrairement à ses habitudes, laissa éclater sa colère. Son ressentiment contre Claire s’étala en termes véhéments. Il l’accabla de reproches, allant jusqu’à faire des allusions à sa vie privée, dont à la vérité il ne savait rien.
— Je me demande ce qui vous occupe l’esprit, déclara Blanchin, ma parole vous devez être la victime d’un gigolo pour perdre ainsi l’habitude de votre travail.