Blanche mûrissait ; son accouchement était prévu pour avril, elle devenait épaisse et pulpeuse comme une poire de septembre. Elle prenait la forme de ce fruit ; elle s’affaissait sur sa base. Ferdinand augurait un enfant exceptionnel. Il s’inquiétait de sa femme car elle représentait un cas, il craignait un siège. De toutes façons l’accouchement serait pénible. L’état de Blanche lui faisait oublier la grise monotonie de son intérieur. Il s’intéressait à sa grossesse, sans tendresse excessive mais ardemment, de toute sa conscience professionnelle.

— J’ai peur, se lamentait Blanche, je me sens si lourde.

Il la rassurait de son mieux, sans parvenir cependant à dissiper l’appréhension de sa femme. Pourquoi n’avait-elle pas confiance en lui que tant de gens réclamaient ? Une épouse aimante n’aurait-elle pas dû s’abandonner sans réserve ?

Mais Blanche ignorerait toujours l’amour. Elle trottinait au long de son étroit destin, bâtée de sentiments médiocres.

Et ainsi le temps passait. Le temps utile pour tant d’autres et qui ne le conduisait nulle part.

* * *

Un dimanche de Mars, le médecin « visita » une petite fille de douze ans difficilement remise d’une appendicite. La jeune malade parlait avec cette volubilité effrontée qu’acquièrent les enfants malades, désaxés par leurs maux, et trop choyés par leurs parents. Elle racontait ses amies, ses rêves, ses jeux. Worms l’écoutait pérorer complaisamment. Cette petite bonne femme le berçait avec son verbiage.

— Vous voyez, disait la gamine, je ne m’ennuie pas. Papa a tourné mon lit face à la fenêtre, je regarde la rue et je vois passer tout le monde. Elle débita une liste de noms, tirant une puérile vanité de sa mémoire. Soudain Worms l’arrêta.

— Mademoiselle Rogissard ! s’exclama-t-il, est-ce de Claire, la fille de l’employé de gare qu’il s’agit ?

Et comme la petite approuvait :