Le médecin regarda sa secrétaire.
— Quel âge avez-vous ? Mademoiselle Jésus questionna-t-il à brûle-pourpoint.
— Mais… mais, soixante-deux ans, répondit la vieille demoiselle, médusée.
— Quelle est votre situation pécuniaire ? poursuivit Worms, imperturbable. Vous possédez une petite bicoque de trois pièces, et vous jouissez de votre retraite d’institutrice libre ? Vous êtes une grande travailleuse, mademoiselle Jésus, une grande travailleuse en vérité, et j’estime qu’il est normal que vous vous reposiez car je vois à votre mine que votre cœur n’est pas des plus solides.
— Vous croyez ? bégaya la vieille fille.
— Je crois, dit Ferdinand. Vous avez l’âge du tricot, des tasses de thé, et des bavardages. Je ne puis prendre sur moi de vous assujettir à un travail. Voyons, je vous donne environ deux mille francs par an, eh bien je vais vous payer cinq ans d’avance à titre de dédommagement soit dix mille francs et à la fin de la semaine, vous commencerez une merveilleuse existence de petite rentière.
— Je vous regretterai, mademoiselle, ah certes oui, mais si l’on ne secouait pas de temps à autre son égoïsme, on se préparerait de pénibles moments.
Mademoiselle Jésus caressa sa barbe en poils d’éléphant et ouvrit largement bouche et yeux.
— Docteur, oh docteur, balbutia-t-elle abasourdie par un pareil geste. Bien sûr, tout Bourg connaissait la générosité de Worms, mais jusqu’ici celle-ci ne s’était exercée que sur les indigents.
— Vous êtes trop bon, je… je puis encore travailler pour vous.