Cette désinvolture par trop cynique déroutait la fille Rogissard.
— Il ne m’aime pas, songeait-elle tristement, puisqu’aucune jalousie ne l’effleure. Il me pousse à une sorte d’ignoble prostitution morale, comme un souteneur qui se nourrit avec l’amour des autres.
Mais bien vite, elle conspua ces pénibles pensées. Non ! non ! Ange vivait simplement en lézard rampant dans la lumière. C’était l’égoïste petit pélican, il avait faim des mille futilités décorant la vie des autres. Il tendait son assiette vers Claire, mais si voyons, on pouvait appeler amour cette confiance aveugle, il l’aimait. Claire s’abandonnait aux exigences de son maître, toute sa force tournée contre les faiblesses fertiles. Elle déchirait son honneur de femme intelligente parce qu’elle avait encore cette virginité-là à perdre pour se soumettre.
— Il ne faut pas que ton toubib connaisse mon existence pour commencer, prévint Ange, aussi, nous nous verrons très peu les premiers temps. Tu habiteras chez ton père et tu viendras me rejoindre un moment le soir, en te dissimulant le plus possible.
— Très bien, dit Claire.
— Tâche de ne pas rebuter le médecin.
— Non.
— Tu as bien compris ?
— Oui.
La jeune fille partit.