J’assieds Thierry et je l’attache après le siège.
Je sais par expérience qu’il n’y a rien de plus démoralisant que d’être lié dans cette position.
— Maintenant, Toto, fais-je après avoir toussoté, je crois le moment venu de parler à cœur ouvert. Voici comment je vois la situation : nos camarades ont été appréhendés hier par ta faute. Nous tenons à eux et nous te demandons de les faire libérer séance tenante. Tu vois, je ne vais pas par quatre chemins ; inutile de poétiser, les enluminures c’est pas le genre de l’établissement. De deux choses l’une : ou bien tu marches, et en ce cas nous t’expédions à Londres comme prisonnier cette nuit même, ou bien tu refuses et alors les types de la voirie te ramasseront demain matin avec les ordures ménagères. Tu entraves ?
Il a son éternel petit sourire.
— Allons, fait-il, je crois que je ne verrai pas le lever du soleil demain matin…
— Donc tu refuses ?
— Et comment !
Je tourne deux ou trois fois autour de lui en réfléchissant.
— C’est idiot, tu sais. Je ne parle pas de perdre la vie, mais de pousser les braves gens comme moi à vous travailler le cuir. J’ai horreur de charcuter un bonhomme, pourtant, lorsque la peau de six personnes est dans la balance il n’y a pas à hésiter…
— La torture, hein ? ricane-t-il. Je connais, je suis même un spécialiste de la question, sans jeu de mots.