Je lui colle un taquet en y mettant tout mon disponible en calories. Sa pommette devient grosse comme une tomate. Je lui file un direct dans les gencives, simplement pour le faire saigner. Il y a des costauds que le sang — le leur évidemment — rend sentimentaux.

— Bon, déclaré-je, je sens que je retrouve ma forme. Bien entendu, je ne te demande pas encore si tu as changé d’avis. Ce petit travail ne représente même pas les hors-d’œuvre. C’est, pour te donner une comparaison, les olives qu’on croque à l’apéritif.

J’avise une scie, dans un coin. Je la prends. Puis, à coups de pied je démolis une caisse vide. J’en extrais deux planches que j’attache solidement de chaque côté de sa jambe gauche. Celle-ci est prise en sandwich.

Je l’allonge et fais reposer le talon sur une autre chaise. Puis, vous l’avez deviné, je commence à scier. Doucement. Le bois ne tarde pas à être tranché, je sens que j’arrive à la guibole. Les dents de la scie ne font plus le même bruit. Thierry se crispe. Il gémit sourdement. Moi, imperturbable, je poursuis mon hideux travail. Il est de bonne politique de ne plus lui parler, mais d’attendre qu’il intervienne. Le sang ruisselle dans la sciure. Bourgeois s’éloigne et je l’entends dégueuler derrière une armoire ancienne.

Je suppose que sa nausée est déterminante. Elle donne comme un ton à la torture. Elle en est le prolongement extérieur. Elle s’adresse au moral de Thierry comme la lame de ma scie s’adresse à son physique.

— Arrêtez, balbutie-t-il sourdement.

Je ne triomphe pas, toujours question de psychologie. Je dis simplement :

— Bon.

Intérieurement, je me marre car je ne lui ai fait qu’une simple entaille et, depuis quelques instants je faisais seulement semblant de scier. Mais sa douleur était si vive qu’il ne pouvait s’en rendre compte.

— Résumons-nous, dis-je, je ne vous demande pas de nous livrer des plans ou une formule susceptible de nuire à votre pays, simplement je désire que vous rendiez la liberté à des gens contre lesquels vous avez mené un combat inégal.