— Oui, il paraît que vous avez tué le cafetier de La Panne et tiré sur la jeune femme. La police a fait une enquête. Une de mes collègues a dit nous avoir vu discuter un bon moment ensemble ; on m’a arrêtée. J’ai eu beau jurer que je ne savais rien, que je ne vous avais jamais vu, les Allemands n’ont pas voulu me croire et m’ont amenée ici.
— Eh bien, vous voyez que je répare les dégâts involontairement causés par ma petite personne, puisque c’est grâce à moi que vous voici libérée. Je tiens à préciser, afin de respecter la vérité, que je n’ai commis aucun délit à La Panne. Au fait, comment se porte la jeune femme ?
— Elle est morte.
— Dommage. J’aurais aimé avoir une conversation avec elle. C’était, paraît-il, une espionne nazie assez dangereuse, je ne vois pas bien le rôle qu’elle jouait. Enfin, paix à ses cendres.
Je serre la main des cinq hommes rescapés. Ce sont de braves types tout rouges de reconnaissance. Bourgeois les a rancardés à mon sujet et ils ont tendance à vouloir me considérer comme Dieu le père.
— Il faut les planquer d’urgence, dis-je à Bourgeois. Et vous aussi, car maintenant vous serez brûlé…
— Vous en faites pas pour moi, commissaire, j’ai pris soin de dissimuler mes traits. J’avais mis mes lunettes, histoire de changer un peu mon aspect.
— Je vois que je fais école…
— Pour nos amis, je vais les faire conduire chez des parents à moi qui ont une ferme dans le Limbourg. Ils y seront en sécurité.
Il regarde autour de lui.