Le gnace qui a dit que l’appétit venait en mangeant ne se gourait pas. La petite Thété n’était pas extraordinaire hier au soir, question de m’accompagner au septième ciel. Elle était beaucoup trop réservée malgré sa bonne volonté pour me faire grincer des dents et oublier ma date de naissance. Mais en quelques heures, elle a fait des progrès considérables et, s’il existait des examens de jambes en l’air, elle obtiendrait à coup sûr une mention bien.
Elle aime jouer à la bête à deux dos. Par moments je suis obligé de lui appliquer une main sur la bouche pour étouffer ses râles de plaisir. Nous aurions bonne mine si la servante du curé se pointait et nous trouvait à poil dans la paille.
Je suppose que Bourgeois a rancardé son frangin sur notre présence ici.
Pour passer le temps je lui fais le grand jeu, à Thérèse.
Vous pouvez être assurés qu’elle se souviendra du fils unique de Félicie. Si un jour elle épouse un mec qui n’a pas plus de tempérament qu’un traversin, elle ne lui fera pas la vie belle !
À sept heures du soir, nous arrêtons les frais. Je suis paisible comme un bœuf. Quant à Thérèse, elle tremble de faiblesse et d’épuisement. Elle sucre tellement les fraises qu’elle serait incapable de mettre un suppositoire à un type qui aurait l’aération du prose large comme l’entrée principale de la gare de Lyon.
— Mangeons une tranche de jambon et finissons cet excellent pommard, conseillé-je, sans quoi nous allons tomber en digue-digue. Et pour le turf qui m’attend on peut être n’importe quoi, sauf ramolli.
— Dis, murmure-t-elle, emmène-moi avec toi.
— Où ça ?
— J’ai tout entendu ce matin, lorsque le monsieur était là.