Ma moelle épinière se transforme en gelée de groseille ; mon cerveau devient gros comme une noisette et, si un dégourdi me filait une olive quelque part, il serait assuré d’obtenir un litre d’huile.
Au reçu de la photo que j’ai prise à l’hôpital de La Panne, Londres a répondu qu’il s’agissait de l’espionne autrichienne Elsa Maurer. Ça n’était pas de la pauvre miss-caméra qu’ils parlaient, les services secrets, mais de l’infirmière, de cette vacherie de Thérèse qui était beaucoup plus visible que la blessée sur le document.
CHAPITRE XXII
La trouille me bourdonne dans les oreilles. Je me dis que cette fois je suis flambé comme une crêpe, et pas seulement moi, mais aussi Bourgeois, la mère Broukère, Laura et tout le reste de la bande.
Et ceci par ma faute ! J’ai commis la bêtise de manquer de pif, moi qui passe pour posséder le meilleur renifleur de France. Bon Dieu, c’était pourtant pas duraille de comprendre que la pauvre môme-caméra ne pouvait être une espionne puisqu’elle avait sacrifié sa vie pour avoir Thierry. L’espionne, c’est Thérèse, la soi-disant Thérèse… Thérèse qui s’était camouflée en innocente infirmière pour mieux surveiller, peut-être, Slaak.
Je la regarde. Elle doit affranchir à toute pompe le von Gressen. Sans aucun doute la Gestapo n’a pas été dupe des bulletins de levée d’écrou signés par Thierry ; au lieu d’enchrister Bourgeois, ils ont jugé plus habile de nous foutre Thérèse dans les bras pour tous nous coiffer.
Oui, elle alerte von Gressen ! Celui-ci regarde autour de lui d’un air inquiet. Il me cherche.
Si je n’agis pas immédiatement, tout est foutu.
Je contourne des groupes et, en me dissimulant de mon mieux, je m’approche par-derrière du chef de la Gestapo. Thérèse est tellement occupée à donner des détails qu’elle ne prête pas attention à moi pour le moment. Tant mieux. Ils doivent se manier le bocal pour mettre au point un moyen de nous appréhender sans casse, Bourgeois et moi.
Me voici à deux mètres du couple. Je fais mine de laisser tomber un gant. Je pose mon plateau sur un meuble et je m’accroupis derrière une bergère. D’où je suis, personne ne peut me voir, car je me trouve entre le divan et une embrasure de croisée. Je tire le 9 mm de sous mon aisselle. D’un pouce expérimenté, je repousse le cran de sûreté.