La voie est libre, provisoirement. Quel dommage que ce pauvre Bourgeois se soit fait mettre en l’air. Ça c’était un brave type, la crème des hommes, l’empereur des bons zigues. Je ne suis pas une fillette, mais je sens quelque chose de mouillé sur ma joue en pensant à cet homme de bien, il était fait pour être un bon petit commerçant pépère qui tape la belote en buvant des demis de gueuze avec son percepteur et le bourgmestre. Mais cette putain de guerre en a fait un héros à la noix, bien saignant, bien mort, auquel on cloquera une médaille à titre posthume, plus tard, et que tout le monde oubliera.
Je pense à tout ça en me dirigeant vers la voiture.
Je ne cours pas, je marche vite. Ce n’est pas le moment de se faire interpeller par un factionnaire.
Pourvu que ces cagnes de l’ambassade ne téléphonent pas aux services de police afin de faire établir des barrages. Il me faut un peu de temps pour ramasser Laura et la grosse femme. Où les emmènerai-je ? That is the question ! L’avenir a une drôle de couleur.
En apercevant la carriole je presse le pas. J’ouvre la portière et je vais pour me glisser sous le volant lorsqu’une voix dit :
— Les mains levées !
Une ombre se dresse de l’autre côté de l’auto.
Je l’identifie sans hésiter :
— La môme Thérèse !
— Soi-même ! fait-elle.