Elle en allume deux, m’en met une dans le bec et dit d’un ton gourmand :
— Je crois que l’entretien avec Mademoiselle est fini. Nous n’avons plus besoin d’elle.
Je pige admirablement le sous-entendu. Ma mignonne Laura prend à toute allure un tempérament de louve et souhaite que je règle son compte à Thérèse.
Cette solution ne m’emballe pas. Je suis un grand sentimental et j’ai horreur de mettre en l’air une gonzesse avec laquelle j’ai fait les pieds au mur pendant vingt-quatre heures.
— Calme-toi ! fais-je. On va tâcher d’offrir un beau ticket de voyage à cette charmante souris… grise.
— Pour l’enfer ?
— Peut-être, mais via Londres.
CHAPITRE XXIV
Nous passons près de vingt-quatre heures dans la minuscule pièce secrète du grenier. L’espionne est toujours attachée après sa chaise et elle traverse des périodes de prostration. Quelquefois elle pleure, à d’autres reprises elle nous foudroie du regard comme si elle rêvait de nous arracher les yeux avec une cuillère à café.
Je sens que je vais devenir dingue entre ces deux femelles. Surtout que Laura se fait de plus en plus salace. Elle a compris qu’il s’était passé quelque chose entre l’Autrichienne et moi, et elle veut prendre sa revanche.