À force de me faire des papouilles, elle finit par m’émoustiller sérieusement.

Après tout je ne suis qu’un homme et, qui pis est, un homme provisoirement inoccupé.

Je finis par succomber à la tentation. Je n’ai pas pour habitude d’avoir un public dans ces sortes d’exercices. Mais la petite déesse de Laura s’emploie si bien que j’oublie la présence d’un tiers.

C’est fou l’esprit inventif que nous pouvons avoir !

Un feu d’artifice est moins impressionnant, même au moment du grand soleil, que notre numéro de prends-moi toute ! Je parie que Laura doit le faire exprès de gémir et de pousser des cris animaliers. Ah ! la gredine !

Lorsque la séance prend fin, je jette un coup d’œil à Thérèse. Celle-ci est un peu moins pâle qu’une aubergine ; la sueur lui dégouline sur les tempes et ses yeux sont fiévreux comme du charbon incandescent.

— Il est merveilleux ! lui dit Laura en me désignant.

Elle ne répond rien et détourne la tête. Il n’y a pas meilleure torture au fond…

La mère Broukère annonce tout à coup ses deux cent vingt livres.

— L’état de siège est proclamé, fait-elle. La ville est fouillée de fond en comble. Chaque maison passée au peigne fin. Ah, mes pauvres enfants, j’ai bien peur !