M’est avis que je n’ai pas dû passer inaperçu dans ce petit bled. Surtout en cette saison. Il ne serait pas surprenant que quelqu’un m’ait vu parler à la pauvre môme-caméra. Malgré que les sulfatés n’aient pas plus de jugeote qu’un baril de bière, ils décideront, sans aucun doute, d’avoir un petit entretien privé avec le fils bien-aimé de Félicie. Moi, ça ne me sourit pas de prendre des tisonniers rougis dans le rectum. Je ne suis pas de ces types, sûrs d’eux, qui affirment que, quoi qu’on leur fasse, ils ne parleront pas.

Ces esprits forts sont toujours les premiers à jacter en cas de coup dur. Ils vous récitent le Bottin (Paris et départements) dès que vous froncez les sourcils.

La première chose à faire est de planquer le rouleau de pellicule que je viens d’impressionner et, la seconde, de me barrer du coin.

J’ôte le rouleau de l’appareil ; je me rends aux waters du bistrot, j’éteins l’électricité et, à tâtons, j’en coupe le début impressionné que je plie dans le papier d’étain enveloppant primitivement la pellicule. Je mets le tout dans une enveloppe et je retourne au bar.

J’écris mon nom (d’emprunt) sur l’enveloppe et, dessous, j’indique : Poste restante, Bruxelles.

Je me souviens avoir aperçu une boîte à lettres, à deux pas. En quittant le bar, je me dirige vers elle.

L’air a cette odeur indéfinissable de roussi qui me confirme dans la certitude qu’un danger rôde.

Je m’approche de la boîte postale. Parvenu à sa hauteur, je m’arrête afin d’allumer une cigarette. Je tiens mon enveloppe à la main. Au moment où je secoue l’allumette pour l’éteindre, je jette le pli dans la boîte.

Et d’une !

Maintenant, il s’agit de me tirer du secteur sur la pointe des pieds. Ostende est mon objectif numéro 1.