Nos regards se croisent et ça me fait le même effet que si j’empoignais un fil électrique dénudé.
C’est exactement le genre de monsieur qui vous nouerait l’intestin autour du cou avec le gésier comme pendentif, sans cesser de se faire polir les ongles des pieds.
Le taxi fonce dans la nuit. Les pneus ronronnent sur la route. Nous quittons l’agglomération et je n’aperçois plus que des cottages espacés.
Sur la gauche, la mer du Nord fait entendre sa grosse voix boudeuse. L’horizon est vide, le ciel est vide. Je me sens abandonné.
J’aurais mieux fait de rester en Angleterre et de filer le parfait amour dans un petit bled discret d’Écosse.
Le taxi tourne à angle droit pour s’engager sur une petite route sinuant entre les dunes. Un virage encore et nous franchissons le portail d’une grande propriété.
Le chauffeur stoppe devant un important perron. Il descend de son siège pour venir nous ouvrir.
— Monsieur le baron est arrivé, dit Paul Muni en appuyant plus durement son pétard entre mes côtes.
Je le regarde de manière à lui faire muettement comprendre que si M. le baron n’avait pas un quarante-cinq dans les côtelettes, il lui montrerait ce que c’est qu’un parpaing à la pointe du menton.
Toujours poussé par le canon du feu, je m’avance vers le perron et je le gravis.