— Si c’est pour les vêpres que vous m’avez amené ici, c’était pas la peine d’user de l’essence ; j’aurais pu aller à l’église du pays…
Le gorille fronce ses sourcils en ramasse-miettes. Il déclare, soudain :
— J’ai vu cet homme quelque part !
Je lui affirme que, moi aussi je l’ai déjà vu, et que je me souviens que c’était au zoo de Vincennes, même que je lui avais lancé des cacahuètes.
Il hausse les épaules.
— Quel est votre nom ?
— Christophe Colomb !
Arthur me met un ramponneau derrière le dôme. Si je n’avais pas un bocal en nickel-chrome j’éternuerais ma cervelle. Néanmoins, je fais quelques pas en titubant et je me laisse choir dans un fauteuil providentiel.
Le nave de l’harmonium est toujours en train de dévider son cantique. Il s’escrime sur les pédales, comme s’il s’entraînait pour Bordeaux-Paris.
— J’ai certainement vu votre photographie dans un journal français, reprend Bozembo. Avant la guerre, peut-être ? Non, plus récemment ! Il sursaute : j’y suis ! l’affaire de l’ampoule[1]! commissaire San-Antonio, hé ? Vous nous avez donné du fil à retordre et nos services n’ont pu vous liquider…