Je me lève et vais tirer le verrou de la lourde. Elle s’ouvre. Deux mecs du format armoire en ronce de noyer pénètrent dans ma carrée. L’un d’eux conserve la main droite dans sa poche.
Comme je suis un tantinet plus dégourdi qu’une tranche de melon, je pige illico que j’ai affaire à des condés. Et pas à des condés belges, mais à de vrais buteurs nazis.
— Qu’y a-t-il, messieurs ? fais-je gentiment.
— Police allemande, énonce lentement celui qui a l’initiative des opérations.
L’autre va droit à mes fringues, jetées sur une chaise ; il les palpe consciencieusement pour vérifier si elles ne recèlent pas d’armes. Là, je le blouse, because j’ai toujours la manie de planquer mon copain à répétition entre le matelas et le sommier, lorsque je pieute dans un endroit inconnu.
Le premier me dit :
— Vous êtes en état d’arrestation ; habillez-vous.
Histoire de gagner du temps, je questionne :
— Qu’est-ce que j’ai fait ?
Pour toute réponse, il hausse ses monumentales épaules.