Ce damné Ulrich ne saura jamais combien il a été vergeot.
CHAPITRE VIII
Il est tard lorsque je parviens à Ostende. La pluie n’a pas cessé, on dirait au contraire qu’elle redouble de violence. Le port sent le chien mouillé, le charbon mouillé, le cambouis mouillé. Je ne perds pas mon temps à visiter la ville. Je m’engouffre dans le premier hôtel que je rencontre. C’est un établissement assez cossu. Il s’élève juste en face du terminus des tramways qui sillonnent la route Royale.
Le portier me propose une chambre à prix honnête, au troisième étage. Je dis « Ça joue » et il me refile une clé médaillée en me désignant l’ascenseur.
La piaule ne casse rien. Elle est nue et froide et j’ai l’impression qu’elle aussi sent le mouillé. Le lit est pourvu d’une couverture rouge sang qui enchanterait un peintre moderne. Comme je n’ai pas de prévention contre le rouge, je me pieute sans faire de manières et je me mets à en écraser. Je ronfle, je m’entends ronfler ! Les voisins doivent s’imaginer qu’il s’agit d’un raid américain et ils commencent à préparer leurs fringues pour descendre aux abris.
Je suis las, ivre de grand air, repu d’émotions. On me collerait une cartouche de dynamite allumée dans le prose que cela ne me ferait pas lever. Il faut que je récupère sec afin d’être d’équerre demain matin, car m’est avis qu’il s’en prépare de chouettes dans le secteur.
Un heurt discret à ma porte me réveille. J’ouvre en grand mes châsses et je m’aperçois que la Terre a tourné et qu’il fait grand jour.
— Qu’est-ce que c’est ? je demande.
— Votre petit déjeuner, monsieur.
Merde arabe ! Qu’est-ce que c’est que cette taule à la noix où l’on vous carre d’autore la briffe du matin ! Enfin ça tombe au poil car, précisément, j’ai une faim de cannibale.