La route suit le littoral. Nous traversons des agglomérations endormies ; toujours à bonne allure.

Ça dure un certain temps ; puis nous ralentissons.

C’est le moment de lâcher mon fiacre. Ce serait coquet si j’atterrissais au milieu d’une caserne bourrée de soldats, depuis la cave jusqu’à la girouette !

Rien que cette pensée me flanque la chair de poule…

Je me laisse pendre hors du camion et hop ! je saute.

Il se produit une forte secousse dans ma cheville gauche. Un instant, je crains de m’être fait une entorse ; mais non. Tout est O.K.

Je foule le pavé humide avec une sorte de sombre délectation.

Une plaque routière indique en énormes caractères : « Ostende, deux kilomètres ».

Je palpe mes poches pour y chercher une cigarette ; mais elles sont vides et ne contiennent que le pistolet, vide lui aussi.

C’est dommage. J’en examine le calibre à la lueur de la lune et je lâche un juron : mon feu n’est pas vide du tout, il reste encore quatre balles dans le chargeur, simplement le système de sûreté est près de la gâchette et j’ai dû le pousser sans m’en rendre compte, en tirant.