À la faveur de la confusion générale, je parviens à filer par une ruelle voisine. Je ralentis l’allure afin de ne pas attirer l’attention. Je bifurque ; ma grande idée, c’est de parvenir sans encombre à la gare.
J’y parviens. Alors je dénoue ma cravate, ébouriffe mes cheveux et me précipite à un guichet en hurlant :
— Une troisième pour Anvers, en vitesse !
Ce que je veux, c’est retenir l’attention de l’employé afin qu’il puisse affirmer, tout à l’heure, que j’ai pris un ticketon pour cette direction. Bien entendu, je n’ai pas plus l’intention de me rendre à Anvers qu’au Guatemala.
Je passe sur le quai et repère le train pour Anvers. J’y grimpe.
Au bout d’un instant, je me faufile dans un compartiment vide et je retourne mon imperméable réversible. Je sors une casquette très belge d’une des poches et l’enfonce jusqu’aux sourcils.
Décidément, Parkings est un drôle d’organisateur. Comment qu’il les équipe, ses agents secrets !
Ces modifications apportées à mon aspect vestimentaire me changent totalement. J’ai de plus en plus la tête à m’appeler Richard Dupond et à être natif de Brabant.
Je descends, à contre-voie, du train d’Anvers et pars à la recherche du train de Bruxelles.
Il n’est pas loin. Deux voies plus loin.