Je choisis le wagon de tête, parce que, en général, c’est par lui que commencent les contrôleurs et qu’il me sera plus facile d’éviter ceux-ci.
J’ai un truc épatant pour voyager à l’œil. Dans le cas présent ça n’est pas une question d’éconocroques, mais je n’ai pas de billet pour Bruxelles, et il ne serait pas prudent que je m’aventure à un autre guichet…
Pour en revenir à mon fameux truc de resquille, il est simple : pendant le trajet, je reste dans le couloir — de préférence dans le milieu. Lorsque le contrôleur parvient à ma hauteur, je porte la main à mon portefeuille puis, me ravisant, je dis avec un petit sourire d’excuse :
— Suis-je bête, c’est ma femme qui les a…
Le type continue sa tournée après m’avoir dépassé. Alors, profitant de ce qu’il pénètre dans un compartiment, je parcours le train jusqu’au dernier wagon, ce qui me laisse un certain battement. En cours de route, je descends à la première station et je retourne dans le premier wagon.
Il est bien rare qu’un contrôleur ne se laisse pas posséder par ce système D.
En tout cas, cette fois-ci, mon truc réussit admirablement. Et, c’est avec une ferme autorité que je fourre dans la main du préposé, mon billet pour Anvers, à la sortie de la gare du Midi à Bruxelles.
Deuxième partie
CHAPITRE IX
Parkings a prévenu de mon arrivée l’un des chefs du réseau belge, aussi ce dernier n’est-il pas surpris le moins du monde lorsque, ayant pénétré dans son magasin d’ameublement, sis boulevard Anspach, je lui murmure :